Bordjomi et Géorgie centrale

Une vallée thermale à 850 mètres d'altitude, un parc national de 85 000 hectares et le monastère rupestre de Vardzia creusé au XIIe siècle dans la falaise.

La région que nous appelons Géorgie centrale s'étend de la vallée de la Koura jusqu'aux contreforts du Petit Caucase, sur un axe Tbilissi-Akhaltsikhé qui forme la colonne vertébrale du sud du pays. Notre équipe la considère comme une étape charnière entre la capitale et la côte de la mer Noire, mais aussi comme un territoire qui mérite trois à quatre jours pour lui-même. On y passe en quelques heures de plaines agricoles à 700 mètres d'altitude aux forêts de hêtres et de sapins du Petit Caucase, qui culminent à plus de 2 800 mètres dans le massif de Mtirala.

Bordjomi, à 850 mètres d'altitude, doit sa notoriété à ses sources minérales captées dès 1829 par les troupes russes installées dans la région, puis embouteillées à grande échelle à partir des années 1890 sous le patronage du grand-duc Mikhaïl Romanov. L'eau, salée et naturellement gazeuse, jaillit à 38 degrés dans le parc Ekaterina, au cœur de la ville. La marque Borjomi reste aujourd'hui l'un des produits d'export géorgiens les plus connus, et les anciennes datchas en bois sculpté des notables tsaristes témoignent encore de cette époque thermale.

Au-dessus de la ville s'étend le parc national de Bordjomi-Kharagaouli, créé en 1995 avec l'appui du WWF. Ses 85 000 hectares en font l'une des aires protégées les plus vastes du Caucase. Nous y envoyons les voyageurs qui veulent marcher une à trois journées sur des sentiers balisés, avec nuits en refuges simples (Lomis Mta, Sametskhvario). On y croise des bergers en estive, parfois des cerfs et, dans les vallées les plus reculées, des traces d'ours bruns. La saison de randonnée court de mi-mai à fin octobre, les sentiers d'altitude restant enneigés jusqu'en juin.

Plus au sud-ouest, la route remonte la Koura jusqu'à Akhaltsikhé, ancienne capitale de la principauté de Samtskhé sous domination ottomane du XVIe au XIXe siècle. Le château Rabati, restauré entre 2011 et 2012, mêle dans son enceinte une église orthodoxe, une mosquée à coupole et une médersa, reflet de la population mixte qui peuplait la ville avant les déplacements forcés du XXe siècle. À 60 kilomètres de là, le monastère troglodytique de Vardzia, creusé sous la reine Tamar entre 1185 et 1203, comptait jusqu'à 3 000 grottes réparties sur 13 niveaux avant qu'un tremblement de terre en 1283 n'éventre la falaise. Une partie des fresques de l'église de la Dormition est encore visible aujourd'hui, et une dizaine de moines y vivent toujours.

La région compte aussi deux étapes que nous recommandons souvent en chemin depuis Tbilissi : Gori, ville natale de Staline avec son musée controversé, et la cité-musée d'Ouplistsikhé, ensemble rupestre habité du Ier millénaire avant notre ère jusqu'au XIIIe siècle. Plus au nord, Mtskheta, ancienne capitale et siège du patriarcat orthodoxe géorgien, conserve la cathédrale Svetitskhoveli (XIe siècle) et le monastère de Djvari, perché sur un promontoire au-dessus du confluent de l'Aragvi et de la Koura. Ces deux derniers sites sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO.

La cuisine y diffère sensiblement de celle de la Kakhétie viticole. Plus proche de la frontière turque, on y mange davantage de plats à base de mouton, des khinkali (raviolis bouillis) farcis aux herbes de montagne, et le tchachapouri local, plus dense que sa version achare. Les vergers de la vallée de la Koura fournissent prunes, cornouilles et pommes que les habitants transforment en tklapi, fines feuilles de fruits séchés au soleil que l'on retrouve dans la sauce tkemali.

À découvrir

Le monastère troglodytique de Vardzia. Treize niveaux de grottes creusés au XIIe siècle dans la falaise de tuf au-dessus de la Koura, avec les fresques de la reine Tamar encore visibles dans l'église de la Dormition. Compter deux heures de visite, idéalement en fin d'après-midi quand la lumière rase la paroi.

Randonnée dans le parc de Bordjomi-Kharagaouli. Itinéraires de 1 à 6 jours dans 85 000 hectares de forêts mixtes, refuges en bois, sources thermales en chemin sur le sentier Saint-André. Praticable de mi-mai à fin octobre.

Le château Rabati à Akhaltsikhé. Forteresse du XIIIe siècle restaurée, où église orthodoxe, mosquée ottomane et médersa cohabitent dans la même enceinte. Témoignage de trois siècles de présence ottomane dans le sud géorgien.

Les sources minérales de Bordjomi. Buvette du parc Ekaterina où l'on goûte gratuitement l'eau sulfatée à 38 degrés, suivie d'une remontée en téléphérique soviétique vers le plateau forestier qui domine la ville.

Ouplistsikhé, ville rupestre préchrétienne. Ensemble de salles, théâtres et pharmacies taillés dans le grès à partir du Ier millénaire avant notre ère, occupé jusqu'à l'invasion mongole. Étape naturelle entre Tbilissi et Bordjomi.

Quand y aller

Nous recommandons cette région de mi-mai à mi-octobre. Mai et juin offrent les paysages les plus verts, avec des températures entre 18 et 24 degrés à Bordjomi en journée et des nuits fraîches autour de 10 degrés. Juillet et août restent supportables grâce à l'altitude (rarement au-dessus de 28 degrés à Bordjomi, contre 35 à Tbilissi), ce qui en fait historiquement une villégiature d'été. Septembre est notre mois préféré : ciel stable, forêts qui virent, affluence retombée.

De novembre à mars, la neige bloque une partie des sentiers du parc national et l'accès à Vardzia se fait sur route parfois verglacée. Les températures descendent régulièrement sous zéro à Bordjomi, autour de moins 5 à moins 10 degrés en janvier. La région reste visitable l'hiver pour ses thermes et la petite station de ski de Bakouriani (1 700 m), mais les randonnées en altitude sont fermées.

Conseils pratiques

Nous conseillons trois à quatre jours pleins pour la région, en partant de Tbilissi en voiture (180 km, 3 heures jusqu'à Bordjomi par l'autoroute puis la route nationale qui suit la Koura). Un découpage classique consiste à passer une nuit à Mtskheta ou Gori en route, deux nuits à Bordjomi pour le parc national et les sources, et une nuit à Akhaltsikhé pour combiner Rabati et Vardzia. Les routes sont asphaltées jusqu'à Vardzia, plus rugueuses dans les vallées intérieures du parc.

La région se combine logiquement avec Tbilissi et environs en début de séjour, puis se prolonge soit vers la côte de la mer Noire et l'Adjarie par la route de Khoulo (250 km, journée complète), soit en boucle de retour vers la Kakhétie viticole. L'hébergement va de l'hôtel restauré dans les anciennes datchas de Bordjomi aux maisons d'hôtes familiales d'Akhaltsikhé, sans grand luxe mais avec un accueil direct. La région convient aux voyageurs contemplatifs, aux amateurs d'histoire médiévale et aux randonneurs de niveau modéré, moins aux familles avec très jeunes enfants en raison des distances.

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