Côte de la mer Noire et Adjarie

De la station balnéaire de Batoumi aux villages de bois de Khoulo, l'Adjarie mêle climat subtropical, héritage ottoman et cuisine géorgienne sur la mer Noire.

L'Adjarie occupe l'angle sud-ouest de la Géorgie, coincé entre la mer Noire, la frontière turque au sud et les contreforts du Petit Caucase à l'est. C'est une république autonome au sein du pays, peuplée de Géorgiens dont une partie s'est convertie à l'islam pendant les trois siècles de domination ottomane, ce qui donne à la région un visage culturel particulier : mosquées en bois dans les villages d'altitude, traditions orthodoxes sur la côte, et une cuisine qui mélange les deux influences.

Batoumi, la capitale régionale, concentre l'essentiel de l'activité. Port franc depuis la fin du XIXe siècle, puis terminal pétrolier de l'Empire russe, la ville garde un centre ancien aux façades Art nouveau et néoclassiques, autour de la place de l'Europe et de la rue Memed Abashidze. Depuis les années 2010, une ligne de tours hôtelières et résidentielles a poussé le long du front de mer, à côté du boulevard de 7 km qui borde la plage de galets. Le contraste est franc et assumé, et il faut le savoir avant d'arriver : Batoumi n'est pas une vieille ville préservée, c'est une station qui se réinvente.

L'intérieur de l'Adjarie change complètement de registre. À partir de Makhuntseti, à 30 km de la côte, la route remonte la vallée de l'Adjaristsqali vers Khoulo, puis bifurque vers les villages de Beshumi et Goderdzi. On y trouve des maisons en bois à double étage typiques de la région, des ponts en arc d'époque médiévale (celui de Makhuntseti, attribué à la reine Tamar, date du XIIe siècle), et au-dessus de 1500 mètres des alpages exploités l'été par les bergers descendus depuis Khoulo. Le col de Goderdzi, à 2025 mètres, fait la liaison avec la région de Samtskhe-Javakheti et reste enneigé une bonne partie de l'année.

Le climat subtropical humide est la signature de la région. Les précipitations annuelles à Batoumi dépassent 2200 mm, ce qui en fait l'un des coins les plus arrosés du Caucase. Cette humidité explique la culture du thé, introduite à la fin du XIXe siècle, et celle des agrumes (mandarines surtout, autour de Kobuleti et Tchakvi). Le jardin botanique de Batoumi, créé en 1912 sur le cap Verde par le botaniste Andreï Krasnov, exploite ce micro-climat pour faire pousser des espèces subtropicales du monde entier sur 108 hectares en bord de falaise.

Côté table, la spécialité régionale est l'adjaruli khachapuri : une pâte en forme de barque, garnie de fromage fondu (sulguni et imereti), surmontée d'un œuf cassé à la sortie du four et d'un morceau de beurre. On en mange dans toute la Géorgie, mais l'original se déguste ici, par exemple à Retro ou chez Cafe Literaturuli à Batoumi. Autres plats locaux : le borano (fromage fondu au beurre), le sinori (pâte feuilletée au yaourt fermenté), et les poissons de la mer Noire (anchois et chinchards) servis frits en été.

La région se prête bien à un séjour mixte : 2 ou 3 jours côté mer pour Batoumi et ses environs immédiats (Gonio, Kvariati, Sarpi à la frontière turque), puis 1 à 2 jours dans l'arrière-pays pour comprendre la vraie identité adjare, loin du boulevard de bord de mer.

À découvrir

Boulevard et vieille ville de Batoumi. Promenade de 7 km le long de la mer, ponctuée de sculptures contemporaines et d'un téléphérique vers le mont Anuria. Le quartier ancien autour de la place de l'Europe garde ses façades de la fin du XIXe siècle.

Jardin botanique de Batoumi. 108 hectares de collections subtropicales sur les falaises du cap Verde, à 9 km au nord de la ville. Compter 2 à 3 heures de marche entre les sections par continent, avec vue plongeante sur la mer Noire.

Pont de Makhuntseti et vallée de l'Adjaristsqali. Pont en arc du XIIe siècle attribué à l'époque de la reine Tamar, suivi d'une cascade de 30 mètres. Point de départ vers les villages de montagne par une route qui longe la rivière sur 80 km jusqu'à Khoulo.

Forteresse de Gonio. Site romain puis byzantin à 15 km au sud de Batoumi, mentionné par Pline l'Ancien. Murailles de 900 mètres encore debout, et selon la tradition, tombe supposée de l'apôtre Matthias à l'intérieur de l'enceinte.

Villages de bois autour de Khoulo. Maisons traditionnelles à galerie, mosquées en bois du XIXe siècle à Ghorjomi et Khoulo, téléphérique soviétique qui traverse la vallée jusqu'à Tago. Bon angle pour comprendre l'Adjarie musulmane d'altitude.

Quand y aller

La saison balnéaire à Batoumi va de mi-juin à mi-septembre, avec une eau autour de 24 °C en août et des températures de l'air de 26 à 30 °C. Juillet et août sont les mois les plus fréquentés, notamment par une clientèle régionale (Géorgie, Arménie, Israël, pays du Golfe), et les hôtels affichent souvent complet. Mai, début juin et septembre sont des compromis intéressants : moins de monde, températures encore agréables (22 à 26 °C), mais averses possibles. L'automne et l'hiver sont nettement pluvieux, avec des cumuls mensuels supérieurs à 250 mm de novembre à février, et une humidité ambiante qui rend les visites peu plaisantes côté mer.

Dans l'arrière-pays, le calendrier est différent. Les routes vers Khoulo et le col de Goderdzi sont praticables de fin mai à mi-octobre. Au-dessus de 1500 mètres, les températures estivales restent fraîches (15 à 22 °C en journée), ce qui en fait une bonne échappatoire à la chaleur humide de la côte. Le col de Goderdzi est fermé par la neige de novembre à avril ou mai selon les années, et seule une station de ski modeste fonctionne l'hiver à Beshumi.

Conseils pratiques

L'Adjarie se visite en 3 à 5 jours selon l'envie de combiner mer et montagne. L'aéroport international de Batoumi reçoit des vols saisonniers depuis l'Europe et toute l'année depuis Istanbul et Tbilissi. Par la route, Tbilissi est à 370 km (6 heures), Koutaïssi à 145 km (2h30). Le train de nuit Tbilissi-Batoumi est une option confortable et utilisée. Pour rejoindre l'intérieur de l'Adjarie, il faut une voiture, idéalement avec chauffeur sur la portion Khoulo-Goderdzi où la route devient étroite et caillouteuse.

La région se combine naturellement avec Bordjomi et la Géorgie centrale (par la route via Akhaltsikhe et le col de Goderdzi en été, sinon par l'autoroute via Koutaïssi), avec la Svanétie pour ceux qui montent ensuite vers Mestia (5 à 6 heures de route), ou avec Tbilissi en début ou fin de circuit. Le niveau de confort côté Batoumi est bon, avec un parc hôtelier varié allant des grandes chaînes internationales aux guesthouses du centre ancien. Dans l'arrière-pays, c'est l'hébergement chez l'habitant qui domine, simple mais sincère, avec table d'hôte familiale. La région convient bien aux familles (plages aménagées, distances courtes), aux contemplatifs qui veulent alterner ville et campagne, et à ceux qui s'intéressent à la cuisine géorgienne dans sa version adjare. Pour les randonneurs purs, la Svanétie ou Kazbegui restent des choix plus pertinents.

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