Kazbegui et Caucase central
Trois heures au nord de Tbilissi, le bourg de Stepantsminda à 1750 mètres ouvre sur le Kazbek, les vallées pastorales de Truso et Juta, et la culture mokhevienne.
Le Caucase central géorgien se déploie sur une centaine de kilomètres de part et d'autre de la route militaire géorgienne, l'axe historique qui relie Tbilissi à Vladikavkaz par le col de Jvari à 2379 mètres. Cette région administrative de Mtskheta-Mtianeti couvre les districts de Kazbegui et de Doucheti, soit un peu moins de 7000 kilomètres carrés de hautes vallées, de plateaux d'altitude et de chaînes acérées qui forment la frontière nord du pays avec la Russie.
Stepantsminda, ancien Kazbegui à l'époque soviétique, sert de point d'ancrage à 1750 mètres. Le bourg compte environ 1300 habitants, un marché modeste, quelques guesthouses tenues par des familles locales et des chevillards qui débitent leurs bêtes à la sortie du village. La vue depuis la place centrale donne directement sur le Kazbek, ce stratovolcan éteint de 5054 mètres dont le sommet enneigé domine toute la vallée du Térek. La rivière prend sa source à quelques kilomètres au sud, traverse le village et file vers le nord en direction de la plaine ossète.
La culture mokhevienne, propre aux habitants de la vallée de Khevi, a longtemps vécu en quasi-autarcie. Bergers, éleveurs de chevaux, gardiens de cols, les Mokheviens ont conservé jusqu'au début du XXe siècle un système coutumier de tribunaux villageois qui tranchaient les litiges au pied de l'église de la Trinité de Guergueti. Cette église du XIVe siècle, posée sur un éperon à 2170 mètres face au Kazbek, servait aussi de refuge pour les reliques de Mtskheta en cas d'invasion. On y monte aujourd'hui à pied en 1h30 par un sentier raide, en 4x4 par une piste pierreuse, ou à cheval avec les bergers du village de Guergueti.
Les vallées latérales structurent le reste de l'expérience régionale. Truso s'enfonce vers l'ouest depuis Kobi, le long du Térek supérieur, sur une vingtaine de kilomètres jalonnés de sources ferrugineuses dont les dépôts ocre tapissent les berges, de tours fortifiées en pierre sèche datant des XVIe et XVIIe siècles, et de hameaux semi-abandonnés comme Ketrisi ou Abano. La vallée de Sno, au sud de Stepantsminda, mène en 14 kilomètres au village de Juta perché à 2200 mètres, point de départ classique pour la marche vers le Chaukhi, une muraille de granit qui culmine à 3842 mètres. La vallée du Pchavi-Khevsouréti, plus à l'est, s'ouvre sur les terres khevsoures, une autre culture de montagne dont les hommes portaient encore des cottes de mailles au XIXe siècle.
L'économie reste pastorale et saisonnière. Les troupeaux de moutons et de bovins remontent en alpage entre mai et octobre, redescendent en plaine pour l'hiver. On produit du fromage de brebis dans les hameaux d'altitude, du khinkali à la viande de mouton dans les guesthouses, et un pain plat appelé mchadi cuit sur les poêles à bois. La route militaire transporte chaque jour des camions de marchandises vers la Russie : c'est l'unique passage routier ouvert toute l'année entre les deux pays, et il conditionne largement le tissu économique local.
Cette région concentre donc, sur un rayon de quarante kilomètres autour de Stepantsminda, un éventail rare de paysages d'altitude, d'architecture vernaculaire et de cultures pastorales encore vivantes. C'est aussi la porte d'entrée nord du pays pour les voyageurs qui veulent comprendre comment la Géorgie s'articule entre Caucase et plaine.
À découvrir
L'église de la Trinité de Guergueti. Sanctuaire du XIVe siècle à 2170 mètres, atteint en 1h30 de marche depuis Stepantsminda. Le Kazbek se dresse en face, le Térek serpente 400 mètres plus bas.
La vallée de Truso et ses sources ferrugineuses. Une journée de marche le long du Térek supérieur, entre tours de pierre du XVIIe siècle et concrétions ocre où l'eau gazeuse jaillit du sol.
Juta et le cirque du Chaukhi. Depuis le hameau de Juta à 2200 mètres, montée de 3 à 4 heures vers le pied de la muraille granitique du Chaukhi, terrain de bivouac des bergers en juillet et août.
La route militaire géorgienne. 170 kilomètres depuis Tbilissi, avec arrêts au monastère de Jvari, à la forteresse d'Ananouri sur le lac de Jinvali, et au col de la Croix à 2379 mètres.
Une nuit chez l'habitant à Sno ou Guergueti. Khinkali au mouton, fromage de brebis frais, eau-de-vie de prune servie à la louche. Les guesthouses familiales restent le mode d'hébergement dominant.
Quand y aller
La saison favorable s'étend de mi-juin à mi-septembre. Les températures diurnes à Stepantsminda oscillent entre 15 et 22 degrés en juillet, descendent à 8 ou 10 degrés la nuit, et les sentiers d'altitude au-dessus de 2500 mètres se libèrent de la neige résiduelle vers la mi-juin. Juillet et août sont aussi les mois d'orages d'après-midi : il faut partir tôt en randonnée et redescendre avant 15 heures. Mai et octobre restent praticables pour qui accepte des températures fraîches, 5 à 12 degrés, et des sentiers parfois boueux.
De décembre à mars, la route militaire ferme régulièrement après les chutes de neige, parfois plusieurs jours d'affilée au niveau du col de Gudauri-Kobi. Stepantsminda reste accessible mais les vallées latérales comme Truso ou Juta deviennent impraticables en véhicule. C'est une période réservée aux skieurs qui visent la station de Gudauri à 2200 mètres, à 35 kilomètres au sud de Stepantsminda, ouverte de décembre à avril.
Conseils pratiques
Nous recommandons un minimum de 3 nuits sur place pour faire honneur à la région : une journée de route depuis Tbilissi avec arrêts à Ananouri et au col, une journée pour l'église de Guergueti et les environs immédiats de Stepantsminda, une journée complète dans Truso ou Juta. Avec 4 ou 5 nuits, on combine les deux vallées latérales et on intègre une marche plus engagée vers le Chaukhi ou les abords du glacier Gergeti. L'accès se fait uniquement par la route depuis Tbilissi, comptez 3 heures sans arrêt, 5 à 6 heures avec les visites.
La combinaison la plus cohérente associe Kazbegui à Tbilissi et environs en début de circuit, puis Kakhétie pour le contraste des vignobles à l'est, ou Bordjomi et Géorgie centrale en redescendant vers le sud. Les voyageurs qui visent la Svanétie doivent prévoir une journée entière de transfert, les deux régions ne se connectent pas directement par la montagne. Le niveau de confort reste celui de la guesthouse familiale ou de quelques hôtels de catégorie supérieure à Stepantsminda et Gudauri. La région convient aux randonneurs, aux contemplatifs et aux familles avec enfants dès 8 ou 9 ans, à condition d'accepter la fraîcheur des soirées et le caractère rustique des hébergements de vallée.

