Tbilissi et environs
Notre base. Une capitale en strates entre forteresse Narikala, bains de soufre, caves à vin de Sololaki et l'ancienne capitale Mtskheta à 25 km.
Tbilissi est notre base. La ville s'étire sur une quinzaine de kilomètres dans une cuvette traversée par la Koura (Mtkvari en géorgien), encadrée par les collines de Mtatsminda à l'ouest et de Makhata au nord. Le relief explique tout : les vieux quartiers se sont accrochés aux pentes sud, autour de la forteresse Narikala bâtie au IVe siècle, tandis que les avenues soviétiques se sont déployées dans les zones plates de Saburtalo et Vake. Cette topographie en strates donne une ville lisible, où l'on passe en quelques minutes des ruelles pavées du quartier de Betlemi aux boulevards rectilignes de l'avenue Roustaveli.
Le coeur historique tient sur deux kilomètres carrés. Abanotubani, le quartier des bains de soufre coiffés de coupoles de brique, occupe le fond du vallon : l'eau y sort à 38-40 degrés et alimente une dizaine d'établissements, dont certains datent du XVIIe siècle. À deux pas, la place Meydan marque l'ancien carrefour caravanier où se croisaient marchands persans, arméniens et russes. Cette stratification se lit encore dans les édifices religieux du centre, à quelques minutes les uns des autres : la cathédrale Sioni (VIe siècle, plusieurs fois reconstruite), la synagogue séfarade de la rue Léselidzé, la mosquée Djouma (la seule du Caucase à accueillir sunnites et chiites sous le même toit), et l'église arménienne Saint-Georges de Norachen.
Sololaki, sur le versant ouest, concentre les immeubles bourgeois de la fin du XIXe siècle, époque où Tbilissi prospérait comme capitale du Caucase russe. Les cages d'escalier peintes à fresque, les vitraux et les balcons en bois ouvragé y sont en libre accès pour qui pousse une porte cochère. Plus haut, le quartier de Mtatsminda se rejoint par un funiculaire de 1905 et culmine à 770 mètres, avec son parc d'attractions désuet et une vue qui porte jusqu'à la chaîne du Petit Caucase par temps clair.
La cuisine est un sujet sérieux ici. Les caves à vin du centre servent du saperavi et du rkatsiteli vinifiés en qvevri (jarres enterrées, technique inscrite à l'UNESCO), accompagnés de khinkali (gros raviolis de bouillon), de khachapuri adjarien (pain en barque garni d'oeuf et de fromage) et de lobio (haricots mijotés à la coriandre). Nous orientons souvent nos voyageurs vers les adresses de Sololaki ou de la rue Erekle II plutôt que vers les terrasses très fréquentées de la rue Chardin.
À 25 kilomètres au nord-ouest, Mtskheta a été la capitale du royaume d'Ibérie pendant huit siècles et reste le centre spirituel de l'Église orthodoxe géorgienne. La cathédrale Svétitskhovéli (XIe siècle) abriterait la tunique du Christ et accueille les baptêmes et mariages les plus solennels du pays. Sur la colline d'en face, le monastère de Djvari (VIe siècle) domine la confluence de la Koura et de l'Aragvi : c'est l'un des premiers édifices chrétiens construits en Géorgie, après la conversion du roi Mirian en 337. À 60 kilomètres au sud, l'ancienne capitale rupestre d'Ouplistsikhé creuse la rive nord de la Koura sur trois hectares de salles taillées dans le grès.
Tbilissi compte 1,2 million d'habitants, soit un tiers de la population du pays. C'est une ville de cafés, de galeries indépendantes (autour de la rue Aghmashenebeli réhabilitée et du quartier de Marjanishvili), et de marchés vivants comme celui du Dezerter Bazaar près de la gare centrale. Pour qui débute un voyage en Géorgie, c'est aussi le lieu où l'on saisit les codes du pays avant de partir vers les montagnes ou les vignobles.
À découvrir
Bains de soufre d'Abanotubani. Une heure dans une cabine privée à 40 degrés sous les coupoles de brique du XVIIe siècle, suivie d'un gommage au gant de crin par un kissi. Les bains Orbeliani et Chreli Abano restent nos préférés.
Mtskheta et le monastère de Djvari. Une demi-journée pour comprendre la christianisation de la Géorgie au IVe siècle. Depuis la terrasse de Djvari, le confluent vert et brun de la Koura et de l'Aragvi se voit nettement 150 mètres en contrebas.
Dégustation en cave à Sololaki. Caves familiales servant des vins en qvevri produits en Kakhétie, accompagnés d'une supra (table géorgienne) avec pkhali, badrijani et khinkali. Compter trois heures et un toast par convive.
Cité rupestre d'Ouplistsikhé. Quarante minutes de marche dans une ville taillée dans le grès, habitée du Ier millénaire avant notre ère jusqu'au XIIIe siècle. Salles de banquet, pharmacie antique et théâtre à ciel ouvert sont identifiables.
Marché du Dezerter Bazaar. Halles populaires près de la gare où s'approvisionnent les restaurants de la ville : épices svanes, fromages sulguni tressés, churchkhela (noix enrobées de jus de raisin réduit), miels de châtaignier.
Quand y aller
Tbilissi vit dans un climat semi-continental marqué. De mai à mi-juin et de mi-septembre à octobre, les températures oscillent entre 18 et 26 degrés, avec un ciel généralement dégagé : ce sont les fenêtres que nous recommandons en priorité. Juillet et août sont chauds, souvent 32 à 35 degrés en journée, jusqu'à 38 lors des pics, et la cuvette retient la chaleur jusqu'à minuit. C'est faisable si l'on accepte de ralentir le rythme entre 13h et 17h, mais peu confortable pour les longues marches urbaines.
L'hiver est doux comparé au reste du Caucase, avec des moyennes de 2 à 7 degrés entre décembre et février, mais l'humidité et le ciel gris sont fréquents, et il pleut une vingtaine de jours par mois en hiver. Les chutes de neige sont rares et tiennent peu. Mars et avril restent variables, alternant journées printanières à 20 degrés et retours froids avec pluies soutenues. À Mtskheta, en plaine basse à 470 mètres, le climat est identique à celui de Tbilissi.
Conseils pratiques
Nous conseillons deux à trois jours pleins pour Tbilissi et une demi-journée supplémentaire pour Mtskheta. Au-delà, on peut ajouter Ouplistsikhé et la ville de Gori (musée Staline) en excursion d'une journée, ce qui porte le séjour à quatre jours. L'aéroport international de Tbilissi se trouve à 17 kilomètres du centre, soit 25 minutes en voiture hors heures de pointe, et concentre les vols depuis l'Europe, Istanbul et Doha. C'est le point d'entrée naturel pour 90 % de nos voyageurs.
Tbilissi se combine logiquement avec toutes les autres régions du pays. Vers l'est, la Kakhétie viticole est à 1h30 de route (Telavi, Signaghi). Vers le nord, la route militaire géorgienne mène en 3 heures à Kazbegui et au Caucase central. Pour la Svanétie, comptez un vol intérieur de 1h vers Mestia ou 9 heures de route via Zougdidi. La côte de la mer Noire et Batoumi sont à 6 heures par l'autoroute, ou 5h30 en train rapide. Bordjomi et la Géorgie centrale s'atteignent en 2h30. Le confort hôtelier à Tbilissi couvre toute la gamme, de la maison d'hôtes familiale dans une demeure de Sololaki aux 5 étoiles internationaux. La ville convient aussi bien aux contemplatifs amateurs d'architecture et de vin qu'aux familles, en gardant à l'esprit que beaucoup de quartiers sont pentus et pavés.



